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Vitamine C : le grand mythe de l’énergie

Michelle laurent - Naturopathe / Santé  / Vitamine C : le grand mythe de l’énergie

Vitamine C : le grand mythe de l’énergie

Vous êtes fatigué. Vous croisez la pharmacie. La caissière vous suggère une cure de vitamine C « pour retrouver la forme ». Vous rentrez avec un tube d’effervescents à 15 euros, persuadé que dans 3 jours vous serez sur les rails.

Sauf que non.

La vitamine C ne donne pas d’énergie. Elle n’en a jamais donné. C’est l’un des mythes les plus solidement ancrés dans notre culture, et l’un des plus rentables pour l’industrie du complément alimentaire. Voici pourquoi votre gélule ne vous rend pas plus tonique, et ce qui, réellement, fait la différence.

D’où vient ce mythe ? Un Nobel, un livre, et un malentendu géant

Il faut remonter aux années 1970. Linus Pauling, double prix Nobel (chimie, puis paix), publie un livre intitulé La vitamine C contre le rhume. Il y défend une thèse : à haute dose, la vitamine C soutiendrait les défenses naturelles et améliorerait la vitalité générale. Le livre devient un best-seller mondial.

Le problème : Pauling n’était ni médecin ni nutritionniste. Ses recommandations reposaient sur des observations personnelles, pas sur des études cliniques. Et 50 ans plus tard, aucune étude solide n’est venue confirmer que la vitamine C donnait de l’énergie à quelqu’un qui en avait un apport suffisant.

Mais le mythe, lui, s’est installé. Il s’est même amplifié dans les années 2000 avec le marketing des « boosters d’énergie », des tubes effervescents et des shots vitaminés vendus en caisse de supermarché.

Ce que fait vraiment la vitamine C dans votre corps

La vitamine C (acide ascorbique) est une molécule essentielle. Votre corps ne sait pas la fabriquer, il faut donc la consommer. Elle joue plusieurs rôles précis :

  • Elle participe à la synthèse du collagène, cette protéine structurelle qui compose votre peau, vos vaisseaux, vos tendons.
  • Elle aide à l’absorption du fer d’origine végétale (dans les épinards, les lentilles).
  • Elle soutient le fonctionnement du système immunitaire, notamment la mobilité de certains globules blancs.
  • Elle a un rôle antioxydant, en neutralisant certaines molécules instables dans les cellules.
  • Elle participe à la synthèse de la carnitine, une petite molécule qui transporte les acides gras vers vos mitochondries.

Ce dernier point est probablement à l’origine du raccourci « vitamine C = énergie ». Puisqu’elle aide indirectement à mobiliser les graisses vers les mitochondries (qui produisent l’énergie), on en a déduit qu’elle donnerait un coup de fouet.

C’est faux. Elle rend possible une étape du métabolisme, mais elle ne le stimule pas. C’est comme dire qu’un pont vous fait rouler plus vite parce qu’il vous permet de traverser la rivière. Le pont est nécessaire, mais ce n’est pas lui qui accélère votre voiture.

Pourquoi vous ressentez un « boost » quand vous en prenez

Deux raisons, et aucune n’a à voir avec la vitamine C elle-même.

Raison 1 : l’effet placebo. Vous êtes convaincu que ça va vous requinquer, donc vous vous sentez requinqué. C’est un effet réel et bien documenté, mais qui n’a rien à voir avec la molécule.

Raison 2 : les ingrédients ajoutés selon la forme du complément. Beaucoup de comprimés effervescents « boosters vitaminés » associent la vitamine C à de la caféine, du guarana, du ginseng ou de la taurine. C’est ça qui vous rend plus tonique, pas la vitamine C. Certaines formes à croquer ou effervescentes (acérola sucrée notamment) contiennent aussi du sirop de riz ou du sucre de canne, qui provoque un petit pic de glycémie ressenti comme un coup d’énergie (suivi d’une redescente 30 minutes après). Les formes plus « propres » (liposomale, poudre pure, gélules simples) n’ont pas cet effet.

Ce qui vous donne réellement de l’énergie

Si vous vous sentez régulièrement fatigué, ce n’est pas d’un tube effervescent dont vous avez besoin. C’est d’un retour aux fondamentaux, dans cet ordre de priorité.

Un sommeil suffisant et de qualité. C’est LE facteur numéro un. Sept à neuf heures par nuit, avec un horaire régulier. Aucune vitamine ne compense un déficit de sommeil.

Une alimentation équilibrée sur la journée. Trois repas structurés, avec des protéines à chaque prise, des légumes en quantité, et des glucides complexes. Pas de sauts de repas, pas de sucres rapides en solo qui font monter puis chuter votre glycémie.

Les vitamines du groupe B. Ce sont elles, les vraies « vitamines de l’énergie », celles qu’on oublie systématiquement au profit de la vitamine C. La B1 intervient dans le métabolisme des glucides, la B2 et la B3 dans la respiration cellulaire de vos mitochondries, la B5 dans le cycle de production d’énergie, la B12 dans la formation des globules rouges qui transportent l’oxygène. Un apport insuffisant en B12 ou en folates (B9) provoque une fatigue bien réelle, contrairement à un léger déficit en vitamine C.

Chez nous, en Guadeloupe, cela se traduit très concrètement dans l’assiette créole. Pour les glucides complexes riches en B9 : igname, fruit à pain, pois d’angole, lentilles pays. Pour les protéines fournisseuses de B12 : thasard, dorade coryphène, œufs, viande. Trois « super-condensés » de vitamines B méritent aussi une place dans votre routine si vous voulez leur donner un vrai coup de pouce :

  • Le moringa (feuilles séchées en poudre, une cuillère à café dans un jus, une soupe ou un smoothie) : très riche en B1, B2, B3, B6 et B9. Grand avantage local : l’arbre pousse spontanément dans nos jardins créoles.
  • Le pollen frais (une cuillère à café le matin, saupoudrée sur un fromage blanc, dans un smoothie ou sur une salade de fruits) : très riche en B1, B2, B3, B5, B6 et B9. Se conserve au frais.
  • La levure de bière (une cuillère à café dans un yaourt, une soupe ou une vinaigrette) : concentrée en tout le spectre des vitamines B (sauf la B12, sauf pour les versions enrichies dites « revivifiables »).

La B12 mérite une attention particulière chez les personnes végétariennes ou véganes, car elle n’existe naturellement que dans les produits d’origine animale.

Une hydratation régulière. Sous les tropiques, cette règle est encore plus importante. La déshydratation, même légère, provoque une baisse de vigilance et une sensation de fatigue immédiate. Buvez avant d’avoir soif.

Du mouvement quotidien. Trente minutes de marche, une séance de yoga, une sortie mer. Le paradoxe est là : bouger fatigue à court terme, mais donne de l’énergie à moyen terme.

Une gestion des tensions. Le stress chronique consomme énormément d’énergie mentale. Respiration, temps de pause, activités plaisir, contact social choisi : tout ce qui régule le système nerveux dégage de l’énergie disponible.

En résumé

La vitamine C est essentielle. Mais elle n’est pas un stimulant. Elle est un rouage silencieux qui rend possible plusieurs fonctions vitales, sans jamais donner ce petit coup de fouet que le marketing vous vend.

Si vous êtes fatigué, regardez d’abord votre sommeil, votre assiette, votre hydratation, votre niveau de stress. Puis mangez une goyave. Ou deux. Vos apports en vitamine C seront couverts pour la journée, et vous aurez fait le plein de vraies vitamines vivantes.

Et gardez les 15 euros du tube effervescent pour vous acheter un panier de fruits au marché du samedi.


Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne remplace en aucun cas l’avis d’un professionnel de santé. En cas de fatigue persistante inexpliquée, consultez votre médecin traitant.

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